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ASSOCIATION LES AMIS DU LIVRE

Lire pour se Construire

Trois questions à... Sophie Vaubourgoin : « Mon œuvre n’est pas un drame œdipien dans le plus strict sens de la psychanalyse »


Après lecture, on a l’impression que votre œuvre relate un pan de votre vie.

 

“Mémoire blanche d’Afrique noire” est mon premier roman et, si je ne le qualifierais pas de véritable autobiographie, il n’en reste pas moins vrai qu’il retrace des tranches de ma vie agrémentées d’effets et autres ficelles littéraires qui lui donnent une dimension romanesque.

 

Recueil de souvenirs, quête d’un ailleurs meilleur, votre texte romanesque est une histoire forte dose œdipienne ...

 

Françoise, l’héroïne de ce roman, enfant non désirée et à laquelle sa mère n’a jamais caché qu’elle était le fruit d’amours contrariées va se construire, pour sa propre survie, un monde imaginaire, où un lieu (l’Afrique) et un personnage (son père qu’elle ne connaîtra jamais) auront la part belle. Ce n’est pas, dans mon entendement des événements de la vie de Françoise un drame œdipien dans le plus strict sens de la psychanalyse. Françoise mettra, certes, son père sur un piédestal car, comme tout enfant, elle a besoin d’un modèle, d’un héros. Quand à l’Afrique, ce sont les premières images de ses livres d’enfant qui lui serviront de fondations à la construction de son rêve : aller ailleurs, quitter cette grisaille environnante, se libérer du carcan de l’éducation inculquée par des religieuses sévères et au cœur sec qui la maintiennent enfermée. La liberté, l’amour ne sont-ils pas les éléments d’une quête universelle ?

 

Alors comme on le voit, le titre “Mémoire blanche d’Afrique noire” évoque une certaine angoisse qui nous transpose dans des tableaux dramatiques. Pourquoi cette agressivité et hostilité au monde environnant ?

 

Le titre “Mémoire blanche d’Afrique noire” n’évoque aucunement quelque angoisse que ce soit mais, bien au contraire, un cri d’amour pour ce continent, et en l’occurrence pour la Côte d’Ivoire qui est la mémoire vive de ma vie. D’ailleurs, je l’exprime dès les premières lignes de mon texte : « D’aussi loin que remontent ses souvenirs (Françoise) l’Afrique a toujours fait partie de sa vie ». Dans un roman, il me semble, s’alternent les tableaux dramatiques et ceux de bonheur, de gaité et de douceur. C’est un exercice littéraire auquel je me suis adonnée dans ce texte : « De la maman de ses tendres années, Françoise garde, enfouie dans les abysses de sa mémoire, l’image éblouissante de beauté et d’élégance d’une femme que ses yeux dévoraient, dont son cœur d’enfant s’emplissait ; Aude était drôle et spirituelle : Françoise l’aimait. » (p. 17), « … elle inonda ses aurores des caresses de ses cheveux soyeux, fleurant bon une eau de toilette aux arômes de lavande et de citronnelle, faisant de chacun de ses réveils un matin d’éternité » (p.18), « Ernest lui racontait son école le sports qu’il aimait, en particulier le football, rêvant un jour de voir son nom au panthéon des grands sportifs, ils lui faisait vivre ses jeux dans les rue de Ouagadougou, ses vacances au village familial…. » (p.36 37). Enfin, mais pas des moindres, je ne pense sincèrement pas avoir mis d’agressivité au monde environnant dans mon roman. Simplement l’histoire des rapports de cette petite fille vis-à-vis de son cercle immédiat se prête à une autodéfense justifiée et saine et qui finira par payer puisqu’elle va découvrir le bonheur dans un cadre absolument différent. Je remercie d’ores et déjà les lecteurs miens et tous ceux de Zaouli de partager avec moi cette merveilleuse aventure de l’écriture.

Auguste Gnalehi